Le No-kill, une pratique écologique?

Vous avez certainement remarqué le coté interrogatif du titre de ce billet. Il y a quelques temps, pour moi, la question n’avait pas lieu d’être. Je rejette mes prises à l’eau systématiquement. J’en étais convaincu, j’avais une pratique écologique de la pêche et le No-kill en faisait parti.
En faisant quelques recherches sur le No-kill, je me suis aperçu qu’il était une source de débats dans le monde de la pêche. Mon point de vue sur la question est aujourd’hui un peu plus nuancé.
Sa pratique est sujet à controverse et suscite des réactions aussi bien du coté des pêcheurs que des écologistes.
Je vous propose ici un tour des différentes positions présentent sur le sujet en répondant à quelques questions courantes: Qu’est-ce que le No-kill ? Pourquoi pratique-t-on le No-kill ? Quel impact peut avoir le No-kill sur les milieux aquatiques?


Qu’est-ce que le No-kill ?

Le No-kill consiste à relâcher systématiquement les poissons pêchés, qu’ils atteignent ou non la taille légale de capture fixée par la règlementation. Les plus actifs dans la pratique du No-kill sont les pêcheurs à la carpe, à la mouche, aux carnassiers. Ils popularisent cette méthode. En France, le nombre de parcours No-kill a considérablement augmenté ces dernières années.
La pratique du No-kill retire totalement à la pêche sa fonction alimentaire et recadre la pêche en tant qu’activité sportive. Un célèbre pêcheur américain, Lee Wullf résume l’état d’esprit de la pratique du No-kill dans ces deux cette phrases :

Un poisson combattif a trop de valeur pour n’être pêché qu’une seule fois

Quand je joue au golf, je n’ai pas l’habitude de manger les balles avec lesquelles je joue.

Ces Cette citations font fait ressortir l’essence même du No-kill.

Pourquoi pratique-t-on le No-kill ?

De manière général, le pêcheur veut être en adéquation dans son milieu, où il est un acteur privilégier. Pour cela, il pratique la pêche en respectant le poisson et la nature. Le respect du poisson passe par certaines recommandations comme:

  • Eviter d’enlever les écailles et le mucus (toucher le avec les mains mouillées par exemple et avoir un tapis de réception comme les pêcheurs à carpes)
  • Dans le cas où le poisson a avalé l’hameçon mieux vaut le laisser que d’essayer de l’enlever ce qui minimise les dégats. De plus, il y a de grande chance que l’hameçon soit éliminé par les voies naturelles.
  • Une capture rapide du poisson est recommandée puisqu’elle évite une grande fatigue du poisson due aux toxines emmagasinées pendant le combat. Il se peut qu’un poisson reparte apparemment en bon état mais il peut mourir dans les heures qui suivent.

Ces arguments non exhaustifs montre les principales raisons de la pratique du No-kill par les pêcheurs. Il y en a d’autres mais je pense que celles ci sont les plus importantes à rappeler.

Quel impact peut avoir le No-kil sur le milieux aquatiques ?

Une réponse précise est diffcile à donner puisque si je comprends bien, la réponse dépend de l’écosystème. D’un point de vue écologique, le problème est à regarder au niveau de la nature du milieu dans lequel le poisson évolue. L’environnement aquatique doit être favorable (avoir suffisamment de nourriture naturelle favorable à un bon développement, une zone de repeuplement, …).

Le No-kill peut respecter le poisson mais pas son écosystème. Prenons le cas d’un étang qui n’est pas équilibré (proportion des espèces par rapport à d’autres), si vous relâchez systèmatiquement vos prises, il est possible d’avoir un problème de surpopulation, de nanisme ainsi que des carences alimentaires. Beaucoup d’entre vous, on déjà connu des étangs où les perches sont toutes de petite taille. Elles sont en surnombre et la nourriture naturelle est trop faible pour garantir leur développement. Elles provoquent un déséquilibre dans leur milieu naturel au détriment des autres espèces. Dans ce type de cas, le No-kill peut avoir un effet négatif voir destructeur puisque le milieu aquatique ne peut pas les accueillir.

On peut dire que les questions écologiques des milieux aquatiques est une question complexe et ne se résume pas simplement à remettre le poisson à l’eau et se dire que tout va bien. D’après certains écologistes, Le No-kil est inutile si le milieu dans lequel il évolue ne peut accueillir ces poissons. De plus, sa pratique n’est pas la solution pour augmenter la longévité dans leur milieu. L’équilibre de ce milieu est l’élément prépondérant à prendre en considération pour pratiquer le No-kill. Prenons le cas de certains carpodromes où la densité de carpes est trop importante, la nourriture est insuffisante, leur développement physiologique est restreint. On se retrouve certes avec beaucoup de carpes mais toutes de taille modeste et certainement dans un état de santé déplorable et ce n’est pas dans ce type de carpodrome ou vous allez battre votre record.

Un milieu équilibré permet un meilleur développement de nos poissons préférés et la pratique du No-kill est recommandée dans ce cas.
Par contre, dans un forum traitant de la protection des milieux aquatiques, il recommandait d’éliminer les grands spécimens de carnassiers puisqu’ils étaient de faibles reproducteurs et consommaient un grand nombre de leur congénère de taille inférieure qui eux étaient très actif pour la reproduction.
J’avoue franchement que je ne suis pas d’accord avec cet avis. Si je prends un brochet de plus d’un mètre, j’aurais du mal à ne pas le remettre à l’eau pour pouvoir le combattre à nouveau une prochaine fois. Et je pense que je ne suis pas le seul pêcheur à penser cela.

Voila, j’espère que j’aurais pu nuancer votre vision du No-kill avec ces quelques considérations sur le sujet. J’aimerais avoir votre avis dans les commentaires.

Ps: correction du 24 octobre 2007 suite à la lecture de ce billet.

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25juin

9 Commentaires sur “Le No-kill, une pratique écologique?”

  1. Cette pratique ne fait elle pas trop souffrir les animaux ? ce qui se conçoit pour se nourrir se conçoit moins pour le sport…

    • Oui c’est exactement ce à quoi je pensai, mais c’est difficile de quantifier la douleur du poisson, et aussi sa capacité à récupérer une fois qu’il a été bléssé, pêcher pour manger, ok, pour le « sport » je ne sais pas. Autant acheter un jeu vidéo de pêche comme ca on est au chaud et au sec :)

  2. Après pour que le no kill soit vraiment efficace, l’hameçon doit être simple. Les hameçons naturels blessent le poisson lorsque on le relâche et ces chances de survies sont plutôt faible.

    Et j’approuve complétement la citation Lee Wullf : « Un poisson combattif a trop de valeur pour n’être pêché qu’une seule fois ».

  3. Je me suis mis à la pratique du no kill depuis 4 ans maintenant, suite à une sensibilisation écologique, comme vient le rappeler votre blog. Il faudrait d’avantages de militant afin de préserver nos rivières.

  4. Yohann@drone dit :

    Personnellement, je ne comprends pas pourquoi pêcher et relacher sa prise ? Bien que le plaisir réside dans le fait de pêcher, il n’en est pas moins que déguster sa prise reste également un plaisir.
    p-s : je ne suis pas pêcheur…

  5. Bonjour,

    merci ! enfin quelqu’un qui a su argumenter concernant le rejet des prises à l’eau.

    J’avais toujours du mal avec ce principe que je ne comprenais pas, je ne suis pas du tout amateur de pêche, mais maintenant je conçois votre point de vue.

    bonne continuation

  6. Juju dit :

    Perso, le no-kill , je ne suis pas pour je ne suis pas contre non plus. Le tout remettre à l’eau, pour moi est une grosse erreur. La pêche ne se résume pas qu’au plaisir du pêcheur. Quoi que l’on dise le prélèvement est nécessaire (poissons blessés mortellement, dégénérescence des poissons, surpeuplement d’un cours d’eau et j’en passe). Je connais quelques étangs ou le no-kill sur les carpes est obligatoire et ce n’est pas spécialement un carpodrome, Quand on prend un poisson 9 fois sur 10 il a la bouche arrachée et bien souvent c’est pas une blessure qu’il a mais plusieurs. En temps que pêcheur quelle image on donne à nos enfants!!! Je pense qu’un prélèvement raisonnable et plus bénéfique que le no-kill. Bien souvent les pêcheurs no-kill font bien plus de mal à la nature qu’un pêcheur qui prélève raisonnablement.

  7. Nathalie dit :

    Bonjour Yann, merci pour ce partage très instructif. Je dois avouer que je ne suis pas vraiment une grande amatrice de pêche, donc je ne m’y connais pas vraiment en la matière. Cependant, j’ai déjà entendu parler du concept de No-Kill et je trouve cela bien intéressant de découvrir les nuances de cette pratique. J’aurais une petite question, pour le no-kill, est ce que c’est uniquement appliqué pour la pêche en eau douce ou également en mer ?

  8. Philduvar dit :

    On a mis en place un no-kill sur un parcours en 1ère catégorie. Pas n’importe où, sur un parcours ayant beaucoup de frayères. Pourquoi ? Car à force de grand déversement d’alevin de fario, la fario de souche méditerranéenne n’était quasiment plus présente.
    Les dents ont grincé mais c’est la seule solution viable pour la continuité de la souche d’origine et sachant que les résultats d’alevinage sont tellement faible que cela ne sert à rien.

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